Carnet de Corée - Serge Delaive

  

Carnet de coree

- Editions de la Différence -

A partir d'un carnet de voyage remonté à la surface et de photographies prises sur place durant l'été 2009, Serge Delaive nous invite à le suivre lors de son troisième séjour dans ce pays que l'on nomme par défaut Corée du Sud, à la fois tellement accessible et ouvert, mais aussi "secret le mieux gardé d'Asie", comme le proclame la sagesse populaire. Lors des deux précédents séjours, l'auteur avait parcouru le pays avec sa compagne, native de Séoul, membre de cette diaspora d'enfants adoptés au cours des années 1960 et 1970, répandue dans tout l'Occident. Cette fois, le couple emmène fils et fille à la découverte de la moitié de leur sang ainsi qu'à la rencontre de leur grand-mère naturelle retrouvée cinq ans plus tôt.

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De Serge Delaive, j'ai présenté un roman Argentine, de la poésieil manquait une lecture non-fiction :). Ce sera avec ce récit de voyage. 

Un récit de voyage en carnet de note à la façon d'un journal, des descriptions, des réflexions sur le voyage, sur les cultures, la rencontres des cultures, sur l'histoire et l'art de la Corée, en toute modestie, en désir de connaître, en ayant conscience des frontières - " Quand ouverture rime avec barrières infranchissables " - ; impressions et témoignages en courts paragraphes, vues panoramiques et instantanés des scènes de rue. La part familiale de cette histoire d'une traversée de la Corée n'accapare pas le récit. Elle fait partie de l'histoire, des voyageurs, du pays. 

Un beau livre, d'images, de saveurs, d'émotions, qui raconte la vie au quotidien, les paysages, les traditions et l'évolution de la société, ce que Serge Delaive en perçoit et en comprend, les gens, la vie au quotidien, le tourisme, les relations au Japon; un livre fourni en photographies des séjours en Corée, celui de 1999 et celui relaté de 2009. 

J'ai fait un grand voyage avec Serge Delaive en passant par " Séoul. Douze millions d'habitants intra muros. Soit autant qu'en Belgique. ". J'y ai apprécié le réalisme, les réflexions sur les précédents voyages, sur d'autres voyages, sur la mémoire des voyages, sur ce qu'est le voyage, sur les lectures qui les ont accompagnés, sur la photographie. 

Florilège :

Entre les tours, entre les immeubles imbriqués, encastrés les uns dans les autres, surgissent tous les trois cents mètres des croix geantes, néons rouges ou blancs, surplombant des immeubles ordinaires, qui indiquent l'emplacement d'une église. L'espoir prospère. 

Au cours de la mini et ravageuse Troisième Guerre mondiale, les Coréens ont importé au nord l'idéal bolchevik pendant que le sud se ruait sur le protestantisme conservateur américain. Dans les deux cas, la terre était fertile. Entre-temps, le mur de Berlin s'est écroulé. Celui de Corée persiste, statu quo maintenu par les pouvoirs en place sous l'oeil bienveillant desdites grandes puissances. "

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" Troisième séjour coréen donc. Je m'aperçois que mon regard cherche ailleurs, ne s'attarde plus sur ce qui est immédiatement exotique. Confirmation quand les photographies couleurs ou noir et blanc défilent sur le Nikon. Je cherche un exotisme différent, niché dans le quotidien, le détail saugrenu.

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Bae Bien-u -

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" On a beau être averti, l'avoir expérimenté des dizaines de fois, les svatikas procurent un sentiment étrange, un malaise reptilien, même si leur sens de rotation est inversé par rapport à l'emblème nazi. Ou, en une leçon, comment réduire l'interprétation d'un symbole complexe et universel. Ici, posés sur des panneaux, ils indiquent les lieux où les chamans animistes exercent. "

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" Lignes superficielles, je le sais. Voyageur de passage qui effleure la surface, sens en éveil, mais qui ne peut entendre grincer les rouages d'un monde ancien. Occidental en goguette, naïf, qui note au vol ce qu'il saisit à l'avant-plan d'un tableau dont la profondeur atteint une perspective inouïe. Mais le flâneur au sens baudelairien reconnecte ses neurones. Se dégage de la boue encombrante. " Alors les choses se révèlent dans leur signification secrète et le flâneur, seul, reçoit le message de son errance nonchalante ", observe Hannah Arendt. " 

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Kim Tschang-yeul -

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Les illustrations de ce billet sont des oeuvres des artistes coréens découverts lors de cette lecture :

- Photographie de Bae Bien-u ( sur sa série Les pins de Gyeon Gju ICI )

- Peinture de Kim Tschang-yeul ( en voir et savoir plus sur le peintre calligraphe des gouttes d'eau ICI )

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- Voyage(s) pour le mois belge organisé par Anne et Mina -

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Commentaires (7)

1. Aifelle (site web) 25/04/2015

J'ai l'impression très nette qu'il me plairait beaucoup ce livre-là.

2. Anne (site web) 25/04/2015

Ton deuxème prénom est donc Ulysse aujourd'hui... ;-) Je sens qu'il est plus que teps que je découvre ce monsieur !

3. Marilyne 25/04/2015

@ Aifelle : un livre pas si facile à présenter sans faire dans le généraliste récit voyage. Il y a un ton et un regard, c'est pour ça que j'ai mis tant d'extraits. Alors, je pense que oui, il t'intéressa.

@ Anne : y'a pire comme deuxième prénom... ^-^ .
Je crois que nous pouvons considérer que j'ai fait le maximum pour que tu lises le monsieur ( quoique, il y a un autre roman qui me tente. Nan, je vais le garder pour l'année prochaine :D )

4. chinouk (site web) 25/04/2015

Je le note car il me tente beaucoup. La serie des pins de Gyeon Gju est magnifique. Merci pour la découverte

5. Mina (site web) 26/04/2015

Je crois qu'il est temps que je me décide moi aussi à découvrir ce Monsieur de tradition chez toi en avril :) Reste à choisir le genre, et la Foire du Livre m'a donné quelques idées à ce sujet (peut-être à l'année prochaine pour une LC ;))

6. Marilyne 27/04/2015

@ Chinouk : émue aussi par la série des pins de Gyeon Gju, moi qui aime les arbres, j'ai été gâtée. Je ne suis pas étonnée que le voyage te tente :)

@ Mina : Ah. Quelques idées. Une LC. :-D

7. Dominique (site web) 27/04/2015

comme Aifelle je suis tentée

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