Petit éloge du temps comme il va - Denis Grozdanovitch

 

Eloge temps

- Folio 2014 -

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Je tenterai de vanter ces divines suspensions temporelles que nous allouent parfois lesdits temps morts, c'est-à-dire ces merveilleuses occasions qui nous sont parfois octroyées de nous soustraire au stress de la vie trépidante d'aujourd'hui". Préserver le luxe d'un rythme personnel face à la cadence de plus en plus oppressante des horloges, accorder ses états d'âme aux variations de plus en plus capricieuses de la météorologie, bref s'adapter, si c'est encore possible, à la marche du monde et au temps comme il va : de véritables défis que le présent ouvrage tente de relever en proposant une autre sorte de "savoir-vivre".

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Denis Grozdanovitch signe dans cette collection Petit Eloge un opus d'une centaine de pages qui se lit tout seul par tous les temps :)

A travers ses souvenirs, émerveillements d'enfance, balades en villes - Paris, Londres, New-York, Venise... - , spiritualité et superstitions intimes, il nous parle de ses expériences du temps, de ses perceptions du temps, de la " dramaturgie du moment ", de son cheminement à travers le dimension et la notion de temps. Notre relation au(x) temps, mêlant météorologie et temporalité, réflexions et sensations. Il pointe les limites du Carpe Diem, directe opposition sans nuance à " l'urgence de vivre ", à cette société de l'ultra-consommation et du zappingn, société du encore et après. Ce dont il nous parle, finalement, ce sont des moments d'indécision, des délais, des suspensions, de liberté mentale, de liberté intérieure, d'une forme de désinvolture face aux " temps morts " , qui peuvent être en réalité suppléments de vie, à la " culpabilité du non-agir " et de la menace de " l'épouvantable ennui ". Denis Grozdanovitch ne nous parle pas de refus mais d'acceptation. Nous vivons dans le temps, vivons notre temps.

Une belle prose sur une touche d'humour et d'ironie, citant à plaisir - à loisirs - les heures de lectures en variété d'auteurs, généreuses en extraits, qui s'offre des parenthèses insérées dans les courts chapitres, de pertinentes digressions.

Cette lecture, par son ton et son propos sur " le temps qu'il fait " et " le temps qu'on nous fait " m'a rappelé la délicieuse lecture du recueil de Martin Page intitulé De la Pluie, tout aussi savoureux, bien que sans la réflexion.

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" Ce pourquoi il semblerait que la question de la suspension temporelle, dont je tente ici d'examiner la valeur, exige, pour être pleinement et heureusement vécue, un doigté particulier, un sens aigu du dosage et du rythme approprié à chaque situation; que nous soyons donc en mesure d'arrêter de suspendre le temps que très fugitivement et qu'il faille installer au coeur même de la durée de simples et éphémères points de suspension. Ce qui revient à dire que vouloir arrêter le temps est sans doute non seulement dangereux et inutile ( puisque son existence même conditionne la possibilité de sa suspension ), mais surtout utopique. "

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Le temps de lire avec Mina -

- Le billet de Tania qui propose en liens d'autres titres de Denis Grozdanovitch -

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Commentaires (9)

1. Mina (site web) 27/05/2015

Tu me convaincs de lire De la pluie, repéré en son temps, oublié, puis rappelé par Nadège ; j'ai beaucoup apprécié les évocation de Denis Grozdanovitch sur ces jours de pluie et de lecture, avant qu'il n'approfondisse davantage sa réflexion. Bien que le format de la collection impose la brièveté et de se restreindre à un sujet bien particulier, j'ai eu le sentiment que l'auteur parvenait à aborder beaucoup de facettes du temps tout en les liant, contrairement à d'autres dans l'exercice du petit éloge. Merci d'avoir fait ce choix - parfait - pour notre lecture partagée. :)

2. Aifelle (site web) 27/05/2015

Il est quelque part, dans les profondeurs de ma PAL.

3. keisha (site web) 27/05/2015

J'aime beaucoup cet auteur, en ai lu plusieurs titres. Et il est venu à ma bibli, vraiment une belle soirée, étincelante grâce à lui. Tu savais qu'il a été champion (junior?) de tennis?

4. Marilyne 27/05/2015

@ Mina : Ah oui, j'aimerai connaître ton retour de lecture sur De la pluie ( et je te donnerai le lien vers ma chronique, ailleurs ). Je suis bien d'accord avec toi quant à la véritable réflexion proposée malgré le format. Et puis il cite J.Brodsky, Lewis Carrol, E.Jünger... ^-^ . Je n'ai pas lu suffisamment de Petit Eloge pour comparer, je garde un souvenir absolument impérissable de Petit Eloge de l'errance.
Notre prochain choix, qui est tien, me réjouit particulièrement :)

5. Marilyne 27/05/2015

@ Aifelle : il est plutôt bien là, il est proche, peut-être un peu besoin de prendre l'air ;). Glisse-le dans un sac...

@ Keisha : première lecture de l'auteur avec le billet tentateur de Tania qui me l'a découvert avec les autres liens de ses lectures. Tu confirmes que ce serait une belle initiative de continuer. Et oui, je comprends ton " étincelante ", j'ai ressenti ça la lecture, du brillant et du pétillant. Pour le tennis, en fait, je l'ai compris en lisant ce titre, sinon je n'en savais rien.

6. Laeti (site web) 28/05/2015

Un titre, et plus encore une collection, qui pourraient bien m'intéresser!

7. Marilyne 29/05/2015

@ Laeti : une collection très intéressante. Mina pourra te conseiller mieux que moi, elle la pratique assidûment :)

8. Tania (site web) 01/06/2015

Merci pour le lien, Marilyne. Ces journées frisquettes (à Bruxelles) nous donnent l'occasion de cultiver l'art de vivre à la Grozdanovitch : suivre la course des nuages, observer les variations de la lumière, flâner dans le temps qui passe.

9. Marilyne 03/06/2015

@ Tania : J'étais curieuse et ton billet m'a convaincue, j'en ai donc pris le temps en profitant du mon temps présent, trépidant mais passionnant, qui ne m'empêche pas de lever les yeux pour regarder les jeux de lumières dans le feuillages des arbres, leurs fleurs; ce temps trépidant qui me permet au contraire d'en apprécier ces instants là, aussi.

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